Exprimé tel quel ou sous entendu, le “j’ai raison” intervient quasi toujours dans les conversations. Que ce soit pour faire adhérer à une théorie ou se faire mousser et montrer que les meilleurs c’est nous.
Plus on est clair sur nos intentions à convaincre, plus il y a de chances que cela échoue misérablement. Moins on est explicite, plus on se rapproche de la manipulation, et … si l’on est doué, plus cela à de chance de réussir.
Ceci dit, la manipulation implique l’usage de procédés pas très joulie. Pour résumer, on tombe dans le côté obscur de la communication.
Doit on choisir entre l’échec et la manipulation ? N’y a t il pas un autre moyen de s’en sortir ? Est on obligé d’incarner le Dark Vador* de la communication ?
Si vous restez jusque la fin de la séance, Yoda sera fier de vous et vous découvrirez qu’il y a un chemin tortueux qui permet de sortir grandi d’une interaction sociale.
* pour les non initiés, Dark Vador passe son temps à manipuler les gens, alliés ou non, par l’esprit ou par la force et au final il perd et il meurt. Avec une main en moins. (Georges Lucas avait tout compris.)
On va reprendre tout depuis le début.
A quoi cela sert d’avoir raison ?
Oui Gérard, à quoi ça sert ?
A première vue, ça ne sert à rien sur un plan personnel. N’est ce pas vrai ? On a raison, c’est cool, euh qu’est ce que l’on fait avec ça ? On s’imprime un diplôme que l’on accroche dans ses toilettes pour épater ses potes ? Bien non je ne vois pas l’intérêt direct d’avoir raison.
Si l’on se considère comme le messie, alors avoir raison peut avoir comme utilité de répandre la vérité. Mais vous êtes le seul à savoir que vous avez raison et cela s’annonce compliqué de mettre un pélot face à vous pour vous contredire au cas tout à coup vous arriveriez à vous tromper.
(il y a des jeux de mots nazes que je n’arrive jamais à esquiver…)
Ce qui nous pose une autre question. Comment savoir que l’on a raison ? On cite un auteur qui fait autorité, on s’applique à suivre un raisonnement scientifique appliqué ? Et bien, sachez que les théories et lois que les scientifiques émettent sont placées sous un principe fondateur: elles doivent être réfutables. (pour les sceptiques)
Alors non, ils n’émettent pas des théories pour avoir raison, mais pour agiter le monde de la recherche avec leurs nouvelles trouvailles pour qu’à force d’erreurs, l’on puisse comprendre mieux les phénomènes qui régissent notre monde.
Alors à quoi ça sert d’avoir raison ?
On a déjà passé en revu que cela pourrait servir à épater les copains, mais donc alors le but n’est pas d’avoir raison, mais de satisfaire son ego. Avoir raison ou non n’a aucun impact là dessus, c’est plus une question de crédulité de votre public.
Mais bon dieu, à quoi ça sert d’avoir raison ?? Quels sont les conséquences de la recherche de la vérité absolue ?
René ! Quelles sont les conséquences ?
Je pense que l’une des conséquence est la fin du progrès. PAF LE PAVé DANS TA MARE.
L’humain étant fait comme il est (prix du début de phrase 2010), une fois qu’il aura été persuadé qu’il a raison, son seul but sera de répandre cette vérité around the world. Tant d’énergie dépensée au lieu de continuer à chercher… En fonction de sa capacité à convaincre il pourra vous retourner et être suivi par plus ou moins de personnes. A force de voir tant de gens avec le même avis, les indécis (encore appelés les moutons endormis) se rallieront à la loi du plus grand nombre. Que se passe t il un jour lorsque l’on apprend que le mec qui a commencé cette chaine utilisaient des outils faussés et que ses contemporains ne pouvaient faire mieux à l’époque ? Et bien l’armée de moutons vient à la rescousse et défend l’indéfendable.
Les conséquences de la recherche de la vérité peuvent donc être catastrophique et mener l’humanité droit dans le mur.
On aurait donc seulement des mecs cherchant leur vérité et une fois qu’ils l’ont trouvé, se lâcheraient dans leur sofa avec la téléco et la bouteille de bière, rassurés. On assisterai à un endormissement des cerveaux. (heureusement aujourd’hui des gens sont payés pour chercher des contre exemples aux théories scientifiques notamment).
Une autre conséquence de la vérité, c’est l’envie de vouloir l’imposer avec toute sa force parce que l’on sait que seule la vérité est plus balaise que tout, et que ceux qui ne s’y rallient pas ont tort et doivent être éduqués. On arrive rapidement sur des régimes totalitaires dont les leaders persuadés que ce qu’ils font s’inscrit dans une logique irréfutable.
Ex: La guerre.
Vous avez d’un côté, les gentils, qui ont déclaré la guerre parce qu’ils pensaient que leur peuple, au vu de leur supériorité, méritait de vivre dans un pays plus grand. Ils se disent protégés et accompagnés par la Providence.
L’autre côté, les gentils, qui se croient bien trop supérieurs pour écouter les conneries de race pure que les mecs d’en face racontent et ils estiment que leur pays n’est pas annexable. En plus ils ont des super grandes cathédrales et donc Dieu les aide et les accompagne
Merci les gars quoi ! Vous êtes complètement débiles.
Merde, alors tu veux dire que …
… oui ça ne sert à rien d’avoir raison et ça peut avoir des conséquences catastrophiques.
Peu importe vos arguments ou autres hurlements gesticulatoires, si vous allez au charbon parce que vous êtes persuadés d’avoir raison, alors c’est déjà terminé, vous êtes parti dans la voie de l’inutilité.
Vous satisferez aux différentes idées et exemples que j’ai évoqué plus haut et, corollaire: vous n’apprendrez RIEN de votre interlocuteur. Et c’est bien ça le pire du pire.
Rappelez vous lorsque vous étiez jeune, idéaliste et avoir un esprit à modeler. Vous alliez à l’école rassuré à l’idée que votre prof en savait plus que vous et vous l’écoutiez parce que vous vouliez en apprendre plus.
Avec l’âge vous remarquez que ce vieux prof décrépi n’avait pas forcément toujours raison, il pouvait se tromper ! Plus le niveau académique augmente, plus on a du mal à s’en rendre compte (parce qu’il est plus difficile de le prouver et que l’aura du professeur est proportionnel à la collection de diplômes qu’il a).
Vous commencez donc doucement à remettre en cause les enseignements parce que vous commencez à avoir vos propres idées. Le reste est donc contre elles et il est plus simple de parler et de défendre ce que l’on connait et d’y faire adhérer les autres au lieu de devoir… changer d’avis ! DUR ça !
Attention à ne pas tomber dans l’idée de contre dire à tout prix. Même si c’est sain pour la santé de votre interlocuteur de se remettre en question, vous n’apportez rien, vous piétinez seulement le devant de jardin du type en face. Et il ne vous fera bientôt plus face. Parler à une machine à renvoyer la balle c’est sympa si l’on souhaite gagner des Grand Chelem, mais dans la vie de tous les jours, c’est seulement fatiguant.
Le mot clé et la conclusion de tout cela est que la seule façon d’aborder sereinement une conversation c’est de vouloir échanger. Aller à l’autre dans une optique de partage et non dans celle de convaincre et de gagner ! Ce n’est pas un combat !
Imaginiez un combat à l’épée, vous croyez que si le plus fort vous coupe une jambe, vous réaliserez à quel point il avait raison et vous tort ?
Et bah non, c’était le plus fort ce jour là, mais vous le haïrez de toutes vos forces maintenant et votre but sera de le contredire et de vous venger.
Je me répète mais c’est important: l’idée est de changer votre façon d’aborder une interaction sociale. Si vous voulez devenir Socialement Membré, c’est la méthode pour pouvoir échanger en pleine confiance avec votre interlocuteur. Et non pas découvrir des méthodes secrètes de manipulation. Rappelez vous, la manipulation c’est Dark Vador, c’est le mal.
Les hommes politiques alors ?
Comme vous, je regarde la télé, et comme vous je tombe sur des débats télévisés de nos chers hommes politiques et j’y réfléchissais hier justement. Quel est la part d’échanges dans leur discours ? 0,01 % ? Peut être moins.
Alors pourquoi ces abrutis viennent à des débats préparés tel des gladiateurs dans une arène. Je pense que c’est le media qui en est la cause principale. A la télé, c’est le plus fort qui met l’audience de son côté. De plus, on regarde un débat non pas pour que les deux participants échangent sur leurs idées respectives mais pour que ça saigne ! Pour que l’un deux se mette à chialer et que l’autre réunissent le plus de décibels en applaudissements (en espérant vouloir voter pour le gagnant). C’est donc un autre problème à aborder un autre jour.
J’ai passé aussi quelques heures à débattre sur les forums (sur l’interweb), là encore celui avec les meilleurs exemples gagnent car il récupère le plus de +1 de la part de l’audience.
Un vrai échange doit être avoir une audience minimale ou tout du moins qui reste neutre. Le fait d’avoir des supporters qui prennent parti ou qui sont déjà pour l’un ou l’autre des protagonistes ne servira qu’à aliéner l’échange car les participants au débat en plus de l’échange doivent plaire au public. Ce qui fout le caca.
Bon je vire le public et après ?
Ces quelques cas particuliers exclus, rappelez vous que l’intérêt de discuter avec son prochain c’est la discussion en elle même. Et non pas d’incrémenter votre compteur de personnes convaincues par votre sainte parole.
Plus vous côtoierez de gens en désaccord avec vous, plus vous serez en mesure de mettre à l’épreuve vos croyances ou de les renforcer et de les faire partager. Soyez prêt à changer d’avis, soyez ouvert, OUBLIEZ LES A PRIORI. Arrivez face à votre interlocuteur comme un nouveau né. Vous prendrez votre pied à découvrir ce qu’il pense. Ecoutez le, message d’écoute, faites lui comprendre que vous comprenez ce qu’il dit, puis rajouter vos propres idées, essayez de trouver un terrain d’entente, etc…
Et si vous souhaitez faire part de résultats d’une expérience, ou de n’importe quelles autres informations difficilement réfutables, n’y allez pas en tant que propriétaire de la vérité suprême. Aussi solide que soit votre argument, l’autre n’y attachera que peu d’importance si vous vous la jouez big balaise.
Faites alors passer l’information comme une information dont seule votre interlocuteur sera à même de juger de sa véracité.
Tout ceci n’est au final qu’une question de respect. Vouloir convaincre c’est penser que votre pote d’en face a tort, que vous avez donc raison et rappelez vous que vouloir avoir raison ne sert à rien. Et c’est par avance estimer qu’il est incapable de voir la lumière par lui même, votre lumière. Alors éteignez votre lanterne … juste pour voir…
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Tags: avoir raison, dark vador est un pédé, échange, interactions sociales





March 8th, 2010 at 23:54
Bonjour Xavier,
Ton propos est intéressant mais il reste un peu confus dans sa rédaction. Je sais ce n’est pas toujours facile de faire passer ses idées par les mots surtout sur un sujet aussi délicat que celui que tu proposes.
Au moins, tu t’es exprimé avec franchise et audace et sans peur pour susciter, ouvrir et affronter un débat dont la société à grandement besoin.
Je t’encourage avec bienveillance dans cette voie.
Germain.
March 9th, 2010 at 20:57
Que ta bienveillance soit avec moi, merci
March 14th, 2010 at 06:44
Wow! Very nice
en te lisant j’ai eu un flash de Matt Damon, dans Good Will Hunting, quand il entre dans le débat avec l’étudiant d’Harvard qui cite des livres pour impressionner les filles (et montrer qu’il a raison)…
Ce n’est pas un sujet facile, mais je trouve que tu l’as abordé de façon à y mettre ta couleur et ça rend le tout bien intéressant. Moi j’adore discuter, surtout quand mon avis diffère de celui de mon interlocuteur. Par contre, je me rend compte parfois que l’autre ne cherche qu’à me convaincre, donc pendant que je parle lui prépare mentalement sa réplique… donc il ne m’écoute pas pendant ce temps.
Comment apprécier les bénéfices d’une conversation sur des avis divergents si l’écoute n’est pas au rendez-vous? Dans ce cas, je trouve que c’est aussi vide de sens que de jouer à faire faire des face à face à des camions-jouets. À part faire du bruit (et déranger les parents), ça n’apporte rien de neuf et aucun n’avance. Or, quand on prend le temps d’écouter la divergence de l’autre plutôt que de lui rentrer dedans pour le convaincre qu’il a tort et qu’on a raison, on a la possibilité de découvrir un autre chemin, ou un autre point de vue du même chemin… c’est selon. Mais découvrir autre chose, c’est s’enrichir à mon avis.
Alors, emmenez-en des «ostinages» comme on dit par chez moi
j’adore découvrir de nouveaux points de vue et discuter à bâtons rompus!!!
March 15th, 2010 at 22:45
Yeah j’ai bien aimé ce moment du film, d’ailleurs quel gâchis la fin qu’ils nous ont pondu !
Merci pour ton commentaire, et je suis entièrement sur la même longueur d’onde et je suis fan de ta comparaison avec les camions-jouets. De toute façon si on ouvre grandement nos oreilles, on fera caisse de résonance et l’autre se rendra rapidement compte qu’il parle tout seul. Si non, alors l’intérêt d’une conversation avec lui aura prouvé ses limites.
Ostinages ? Mais tu viens d’où ? J’ai vu que ça parlait dollars sur ton site, je me tente: Canada ?
April 7th, 2010 at 16:12
Merci pour cet article !! En effet, pour qu’un concept puisse être qualifié de “scientifique”, il doit être falsifiable. Qui nous dit que les zèbres doivent toujours être avec des rayures noires ? Qui peut vraiment nous garantir qu’il n’existera jamais un zèbre sans rayures ?
Je crois qu’on reste jeune aussi longtemps que notre esprit reste ouvert à l’évolution; au changement. Sur la question du respect, je ne peux que te rejoindre. À mon sens, le respect de l’autre, l’acceptation de ce qu’il est et de ce qu’il pense ne fait que mettre en valeur la diversité au service de la personnes qui cherchent à atteindre les sommets.
Thanks for your words ! It was a pleasure to read you.
Que la Force soit avec toi.